titr2Il était une fois deux anciens collègues, perdus de vue depuis plus d’un an qui avaient décidé d’un coup de se revoir.

- « - « Oh D., tu bosses dans quoi maintenant ? » lui demande t-il au téléphone.

- « - « Je me suis recyclée dans le mannequinat » lui répond t-elle ironiquement.

- « - « Nooooon… (d’un ton tout à fait condescendant) toi ? » rétorque t-il.

- « Ah ben merci, ça fait plaisir ! Je ne suis pas Gisèle Bud-machin-chose mais quand même, je ne suis pas si vilaine que ça ? »

- « Enfin, c’est vrai, maintenant, dans certains magazines… »

- « Stop, tais toi, je t’arrête tout de suite avant que tu me déverses ton lot de remarques vexantes : je ne suis pas mannequin, je m’éclate comme une folle dans une boîte de GMAO » (celui qui trouve la définition de ces quatre lettres remportent… toute ma reconnaissance)

Il venait de perdre tous ses jokers en l’espace de deux mots mais fille de bonne famille qu’elle est, elle le laissait parler.

- Il attaque direct : « t’es dispo pour boire un verre ? »

- Mi souriante, mi dubitative elle lui répondit « Euh.... ce soir ce n’est pas possible, j’assiste à un gala de charité à Monte Carlo mais demain oui »

- «  Un gala ?... »

(…)

 

Rendez-vous pris le lendemain : 20’30, Avenue des Champs-Elysées, devant Virgin Megastore. Elle pensait en son for intérieur « ça fait plus chic de prendre RDV devant Louis Pion, juste à côté mais Virgin fera l’affaire ».

Douchée avec son gel douche aux fruits des bois, brushée comme Anne Hattaway dans The Devil wears Prada, elle enfile son jean’s sexy, un top parme, ses compensés marron & parme et une veste marron, le tout sublimé par son petit sac à mains tout droit sorti d’un magasin d’Orlando sur International Drive : direction les Champs.

Elle arrive avec ses 5-7 minutes de retard habituelles et s’aperçoit qu’elle est en fait en avance. Zieutage bigleux sur les montres de la vitrine à côté de Virgin et elle rêve en se voyant porter cette sublime montre Gucci à € 6 600.

Retour à la réalité quand elle voit J. au loin. Toujours aussi élégant pense t-elle, c’est normal, il était l’homme le mieux habillé de sa boîte.

- « Tu veux aller où ? » lui demande t-elle.

- « Le Monte Cristo est à côté, leur foie gras est délicieux, allons-y » dit-elle en se réjouissant d’avance du plaisir qu’elle va offrir à ses papille.

A l’entrée, ils s’aperçoivent que le restaurant est bondé mais l’hôtesse leur trouve une table entre un couple américain dont l’épouse hurle à la serveuse « I wanna a Diet Coke, D-I-E-T Coke, you know what that means ? not regular, diet ! » et un couple tout droit sorti d’un manga japonais.

Ils s’installent, commandent l’apéritif, ce sera un kir pour elle, un porto pour lui. Ils se lancent alors dans des anecdotes du passé, du présent et elle l’interroge sur sa passion (qu’elle ignorait).

Il commence alors un monologue sans fin sur un grandiose personnage de l’Histoire de France : Jules César. Au bout de vingt minutes, elle esquisse un sourire insinuant « c’est bon, stop Jules Jr, mange ton saumon ».

Mais lui semble emballé que sa comparse en face lui sourit quand il parle de ce personnage qu’il (je cite) « a appris à connaître grâce à son ex, prof de latin ».

« Youpi, se dit-elle, il fait le deuil de sa rupture ; allez vas-y, allonge toi, parle, on est en dehors des heures de consultation mais c’est pas grave… tu vas le payer cher ! ».

Utilisant l’humour comme ultime moyen de secours, elle arrive subtilement à le faire changer de sujet : les diverses religions sur l’Ile de

la Réunion.

Un apéro, un plat et un dessert partagé à deux plus tard, il lui demande (enfin !)

- « Et toi alors pourquoi tu ne me parles pas de toi ? »

- « Et bien moi, j’irais bien au sous-sol boire un verre et danser ».

La soirée s’est finie sous des trombes d’eau, elle trempée de la bretelle de son soutien-gorge ou vernis de son petit orteil, lui enchanté d’avoir pu parler de son admiration pour le dictateur romain.

- « Je te rappelle » lui dit-elle avant qu’elle ne ferme la porte de se Mégane.

Elle se contenta de rajouter un bref et lointain « mm, si tu veux… »